Borne de recharge en entreprise : pré-équipement, seuils et raccordement à vérifier
Installer une borne de recharge en entreprise ne relève plus seulement du confort pour les salariés ou les visiteurs. Selon la taille du parking, l’usage du bâtiment et la date du permis de construire, l’entreprise peut devoir prévoir un pré-équipement électrique, voire des points de charge opérationnels. L’enjeu est de distinguer ce que la loi impose aujourd’hui de ce qu’il faut anticiper techniquement. À lire aussi sur ce point : « Panneaux photovoltaïques sur un bâtiment d’entreprise ».
Pré-équipement ou installation : deux obligations à ne pas confondre
Le pré-équipement ne veut pas dire que des bornes sont déjà en place. Il s’agit d’une infrastructure prête à recevoir des bornes de recharge, avec des conduits, des fourreaux, des chemins de câble, une réservation de puissance et un raccordement possible depuis l’installation électrique du bâtiment.

L’installation, elle, correspond à un point de charge réellement utilisable par un véhicule électrique. C’est ce que les utilisateurs voient au quotidien : borne murale ou sur pied, badge d’accès, câble ou prise, et parfois supervision.
Le cadre réglementaire s’est renforcé depuis 2012, puis avec le décret du 13 juillet 2016, l’arrêté du 3 février 2017 et la loi LOM du 26 décembre 2019. En pratique, les obligations dépendent surtout de trois éléments : bâtiment neuf ou existant, parking privé ou ouvert au public, et nombre de places de stationnement.
Les parkings d’entreprise concernés selon le bâtiment
Bâtiments neufs ou rénovés
Les bâtiments neufs et ceux qui font l’objet d’une rénovation importante sont les premiers concernés par les obligations de pré-équipement. L’idée est simple : éviter de rouvrir les sols, de modifier les gaines ou de renforcer trop tard le tableau électrique lorsque la demande de recharge augmente.
Les bâtiments non résidentiels, tertiaires, industriels, les services publics, les ensembles commerciaux et les cinémas entrent dans le champ des obligations lorsque leur parc de stationnement atteint les seuils prévus. La date de dépôt du permis de construire reste déterminante pour appliquer le bon régime.
Bâtiments existants et grandes entreprises
Pour les bâtiments existants, l’obligation porte davantage sur l’équipement progressif du parking. Le seuil de 20 places est central à vérifier. Certaines obligations s’appliquent aussi selon la taille de l’entreprise, notamment au-delà de 100 salariés dans les cadres historiques liés aux bâtiments tertiaires.
Les cas d’impossibilité technique ou de coût manifestement disproportionné peuvent être pris en compte, mais ils doivent être documentés. Il ne suffit pas d’indiquer qu’un raccordement est complexe. Il faut justifier les contraintes électriques, structurelles ou économiques. La question est traitée à part : « Photovoltaïque en toiture pour entreprise ».
Combien de places faut-il pré-équipER ou équiper ?
Les pourcentages varient selon le type de bâtiment, la période réglementaire applicable et la capacité du parking. Le tableau ci-dessous donne des repères utiles avant travaux, pour éviter de se tromper sur le bon seuil.
| Situation du parking | Obligation à vérifier | Repère chiffré courant |
|---|---|---|
| Bâtiment neuf ou rénové avec parking d’entreprise | Pré-équipement d’une partie des places | Souvent 20 % des places, avec au moins 1 place concernée |
| Régimes antérieurs selon l’usage du bâtiment | Pré-équipement partiel | Seuils de 10 %, 5 % ou 2 % selon les cas |
| Parking existant de plus de 20 places | Présence de points de charge à anticiper ou à mettre en place selon le régime applicable | Minimum 1 point de charge dans les cas visés |
| Parking de plus de 200 places | Accessibilité renforcée | Présence de bornes accessibles PMR à intégrer au projet |
Pour éviter les erreurs, le calcul ne doit pas se limiter au nombre total de places. Il faut aussi vérifier si le parking est rattaché au bâtiment, s’il est couvert ou extérieur, s’il accueille des salariés, des visiteurs ou du public, et si une rénovation importante déclenche une nouvelle obligation.
Raccordement électrique : ce qu’il faut prévoir avant de poser les bornes
Le rôle du TGBT et des circuits spécialisés
Le pré-équipement repose sur un circuit électrique spécialisé. Le raccordement peut partir du tableau général basse tension, le TGBT, ou d’un ouvrage du réseau public situé sur l’emprise du bâtiment. Dans les deux cas, il faut une puissance suffisante, un cheminement clair des câbles et des protections adaptées. La question est traitée à part : « Sous-compteur électrique en entreprise ».

La puissance minimale de référence est souvent mentionnée à 22 kW pour l’infrastructure de recharge. Dans certains cas, une puissance comprise entre 7,4 kW et 22 kW peut être envisagée lorsque l’alimentation repose sur des énergies renouvelables. Au-delà de 3,7 kW, l’intervention d’un installateur qualifié IRVE est requise.
Dimensionner sans surpayer
Un bon raccordement ne consiste pas à additionner mécaniquement la puissance maximale de toutes les bornes. Le pilotage énergétique permet de lisser les appels de puissance, de prioriser certains véhicules et d’éviter un abonnement électrique surdimensionné. Le foisonnement devient utile, car toutes les voitures ne chargent pas à pleine puissance en même temps.
On peut comparer l’installation à une mousse technique qui absorbe les chocs : elle ne supprime pas la contrainte, mais elle la répartit. Une infrastructure bien conçue joue ce rôle de tampon entre le réseau électrique et les usages réels du parking. Elle absorbe les pics, répartit les charges et permet une montée en puissance progressive sans refaire toute l’architecture électrique.
Qui installer, financer et piloter pour rester conforme ?
Le recours à un professionnel IRVE est indispensable dès que la puissance dépasse 3,7 kW. Au-delà de la pose, son rôle consiste à vérifier le dimensionnement, les protections, le raccordement, l’accessibilité PMR et la compatibilité avec les besoins futurs de l’entreprise.
Avant de lancer les travaux, il est utile de réaliser un audit simple. Il permet de vérifier le nombre de places, la date du permis de construire, la puissance disponible au TGBT ou le besoin de raccordement réseau, l’usage prévu et la nécessité d’une supervision, d’un badge, d’une refacturation ou d’un suivi des consommations.
- nombre de places et seuil réglementaire applicable ;
- date du permis de construire ou nature de la rénovation ;
- puissance disponible au TGBT ou besoin de raccordement réseau ;
- usage prévu : salariés, flotte interne, visiteurs, public ;
- besoin de supervision, badge, refacturation ou suivi des consommations.
Des aides peuvent réduire le coût du projet, notamment le programme ADVENIR et certaines aides locales régionales. Leur disponibilité dépend du type de bénéficiaire, du site et de l’usage des bornes. Le bon réflexe consiste donc à vérifier l’éligibilité avant de signer le devis, car certaines démarches doivent être engagées en amont.
Au final, la conformité ne se résume pas à poser une borne de recharge en entreprise. Elle suppose de pré-équipER les bonnes places, de raccorder l’infrastructure correctement, de prévoir la puissance adaptée et de documenter les choix techniques. C’est cette préparation qui transforme une obligation réglementaire en équipement durable pour les salariés, les visiteurs et la flotte de l’entreprise.











